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LET-LAVUE / Soutenance de thèse de doctorat : Hee-Won Jung

Traduire en fabriquant pour faire ensemble : une maquette de l’Atelier des places du Grand Paris – © Julien Lelièvre / TVK

Résumé

Au cours des deux dernières décennies, les représentations contemporaines des interactions sociales semblent être sous l’influence croissante des évolutions des technologies numériques entraînant des changements dans les modalités collaboratives qui dépassent le seul usage des dispositifs digitalisés. Adoptant une approche abductive et prenant pour indice de ce phénomène la manière dont s’est répandu le recours à la notion de plateforme, qui exprime des dimensions à la fois physiques et numériques, cette recherche enquête sur les caractéristiques et les effets de ce phénomène sur les pratiques professionnelles dans la fabrique urbaine.

La démarche exploratoire engagée à partir de l’analyse de trente cas identifiés, en France et à l’international, comme des « plateformes liées à des pratiques de conception urbaine », met en évidence des critères de différenciation mais aussi deux aspirations qui les structurent de manière transversale : l’élargissement de la sphère de collaboration dans la conception et la diffusion de ses résultats. Ces ambitions se traduisent par des tentatives d’action collective d’envergure. Parmi les types de plateformes recensés, ceux portant sur la conception d’espaces communs ont particulièrement retenu notre attention, dans la mesure où les modalités d’organisation de la collaboration apparaissent étroitement liées à la qualité des espaces produits. Pour observer comment le processus collaboratif façonne le caractère commun et donc la qualité de ces espaces, deux cas sélectionnés parmi une trentaine de plateformes font l’objet d’une analyse approfondie. Ils se distinguent par des dynamiques institutionnelles contrastées. L’Atelier des places du Grand Paris constitue une initiative portée par une politique publique visant l’élaboration d’un référentiel d’aménagement d’espaces publics autour de chacune des 68 gares du Grand Paris Express, tandis que La Preuve par 7 représente une démarche menée par des acteurs de la société civile cherchant à promouvoir et à diffuser des expérimentations articulant étroitement qualité d’usage et conception spatiale.

L’analyse révèle un déplacement de l’objet du travail de conception – considéré dans un sens élargi –, de l’aménagement spatial vers la mise en place d’infrastructures de coopération – plus précisément, vers la construction d’ensembles d’objets-frontières médiateurs de transactions cognitives et organisationnelles. Au-delà de l’aménagement spatial, les équipes professionnelles s’engagent dans une production collective de savoirs destinée à diffuser des manières de concevoir, favorisant des processus d’apprentissage social entre pairs. La recherche éclaire ainsi les modalités de formation et la nature des relations entre les collectifs épistémiques engagés dans cette production et les communautés de pratique qu’ils cherchent à atteindre, en accordant une attention particulière au rôle des objets-frontières dans cette articulation. Elle s’attache enfin aux modalités de structuration et de transmission de ces savoirs, contribuant à mettre au jour les rouages d’une théorisation pratique au service de l’action collective.

  

Composition du jury

Élise Roy, maîtresse de conférences HDR, ENSA de Nantes (rapportrice)
Jean-Michel Roux, professeur des universités, IATU Université de Bordeaux Montaigne (rapporteur)
Manuel Zacklad, professeur, Cnam (examinateur)
Isabelle Berrebi-Hoffmann, directrice de recherche CNRS (examinatrice)
Laurent Matthey, professeur, Université de Genève (examinateur)
Nadia Arab, professeure des universités, EUP-Université Gustave Eiffel (examinatrice)
Jodelle Zetlaoui-Léger, professeure, ENSA Paris-la Villette (directrice de la thèse)
Marie-Christine Bureau, chargée de recherche CNRS (co-encadrante de la thèse)